MAROC -CEDEAO : CHOISIR SES AMIS

A la table de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, il ne se présentera plus seulement en qualité d’observateur mais ce pourrait être bientôt un membre de la famille. Le début des fiançailles date tout de même de 1975 et depuis lors, le royaume chérifien a relevé l’expression de son charme au prix de plusieurs accords et engagements consentis malgré une inguérissable propension à se refuser l’appartenance au continent africain.

 

Depuis l’introduction officielle de la demande du Maroc aux instances sous régionales, la dernière apparition africaine du Roi Mohamed VI au sommet de l’Union Africaine a fait le tour des questionnements. 33 ans d’absence depuis la défunte organisation de l’unité Africaine en raison d’un conflit mal à propos avec le Sahara Occidental. Le texte du département des affaires étrangères à Rabat argue des liens forts aux niveaux politique, humain, historique, religieux et économique avec les pays membres de la CEDEAO (…), renforcés aux cours des dernières années, à travers les 23 visites royales dans 11 pays de la région. Avouons que la question des critères géostratégiques est tout à fait subsidiaire à la force des ambitions des membres de la Cedeao qui peinent à parachever le décollage collectif du fait de leurs cruelles différences de développement. Il n’y a donc pas meilleure offre que celle qui vient du premier investisseur dans la sous-région avec en prime le statut de pays émergent dont rêvent, du moins officiellement, tous les pays du groupe. Tous les compteurs à la fin de l’année 2016 placent le Maroc au panthéon des économies les plus offensives avec un PIB de plus de 100 milliards de dollars. Il vient ainsi à la conquête d’un marché ouvert de 730 milliards de dollars de PIB au rang des 20 premières économies au monde. Malgré la faiblesse du commerce intra régional et le blocage monétaire, l’organisation sous régionale affiche tout de même des échanges qui représentent 20% au PIB au Nigéria et 75% au Bénin. Ces chiffres, les derniers de la conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) n’échappent certainement pas au royaume dont l’offensive vise une zone à fort potentiel qu’il a pris le temps d’apprivoiser. C’est dans cette partie de l’Afrique que se trouvait jusqu’en Juillet dernier, la première économie du continent. Le reste est dans la contrepartie que les leaders de la Cedeao se doivent d’opérer pour rendre à cette adhésion sa force de propulsion si justement escomptée.

Reproduire le schéma de l’Union du Maghreb arabe au sein de la Cedeao serait la pire des déceptions du royaume chérifien qui sait désormais ce que lui coûte le moindre siège de l’autre côté de la Méditerranée. Le Maroc est à cheval entre les républiques arabes, l’Europe et l’Afrique mais le flirt avec chacune de ces parties du monde a déjà montré ses limites et ses atouts. Il est aujourd’hui révolu le temps où Rabat se considérait comme une nation européenne en puissance. Il n’en reste que quelques relents racistes qu’on retrouve chez les marocains en retard sur le temps dans leur propre société. En réalité, le royaume gagnerait à peaufiner le succès de ses entreprises sur un terrain où la concurrence française n’aura que très peu de chance avec le temps. Sauf emprise colonialiste fatale, le marché de la banque et des assurances affiche un avenir en rose pour l’économie marocaine car les 330 millions d’habitants de la Cedeao sont beaucoup mieux à portée que les diversités sociologiques disloquées des autres sous-régions. Cette économie marocaine est d’ailleurs l’alternative la plus adéquate contre le diktat des puissances impérialistes dans un espace que le monde entier présente comme un exemple d’intégration. Le Professeur Abdelkhalek Touhami qui enseigne l’économie à l’institut national des statistiques et d’économie appliquée à l’université de Rabat n’y va pas par quatre chemins : le repli du Maroc vers la Cedeao est un constat d’échec de l’UMA, autant en profiter pour porter le continent sur les cimes rêvées. Le Roi Mohamed VI ne s’est pas trompé sur le Maghreb lorsqu’il en parle en termes de flamme qui s’est éteinte puisque la CNUCED établit le commerce intra-régional dans cette zone de l’Afrique du Nord à moins de 3% au moment où la Cedeao fait 12%. Or la vision stratégique d’une architecture économique fiscale et sociale aguerrie aux défis de la mondialisation qu’apporte le Maroc devrait rendre la sous-région plus forte contre tous. Reste que la plupart des 15 sont atteints du virus de la pire des gouvernances qui a pour champ lexical le pillage des ressources, le détournement des devises à des fins personnelles, la circulation illicite des capitaux, l’endettement à outrance à des fins fantaisistes, la corruption à grande échelle etc. Somme toute des tares qui déstabilisent la structure économique ; non sans faire des impairs comme cette familiarité impudique entre la puissance nigériane et le Niger, l’un des pays les plus pauvres au monde avec lequel il partage inexorablement des milliers de kilomètres de frontières. Le Maroc aussi devra se prémunir contre l’activisme algérien qui vient de refaire la démonstration de sa jalousie rivale en tentant d’occulter le dynamisme du Royaume sur la crise malienne. L’échec de la visite du Roi Mohamed VI à Bamako est plein d’enseignements. Certes les Etats n’ont que des intérêts mais si on n’y prend garde, même les amis qu’on croit avoir au choix, se feront plus rares. Haut du formulaire

GODLOVE KAMWA

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