SAHARA : BLOCUS SUR LA CONFERENCE DE DAKAR

LA CHRONIQUE E GODLOVE

 

Avant que le cancer n’eût raison de lui en Octobre 2015, le romancier et dramaturge suédois Henning Mankell semblait vouloir en faire sa dernière illusion sur terre même si le constat est inspiré de la cosmogonie chinoise. Il réalisait que l’histoire ne permet pas de prévoir exactement l’avenir mais elle nous donne de prendre conscience de notre capacité à faire face aux changements, même si la capacité reste relativement limitée. Au-delà de tout le juridisme qui obstrue si durement la compréhension des égos dans la vieille querelle, les organisateurs de la réunion des ministres des finances de l’Union Africaine qui devait s’ouvrir à Dakar la semaine dernière ont dû l’apprendre à leurs dépens. Maroc et Sahara Occidental allaient saborder le rendez-vous pris de longue date.

Tout se plante lorsque la feuille de route des ministres des finances est soumise à l’examen des experts de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique. Le Maroc nouvellement réintégré au sein de l’organisation continentale note que le Polisario n’est pas reconnu à New York et ne pourrait par conséquent guère siéger à DaKar. En tout cas pas avec les émissaires du royaume chérifien. Ce sont paradoxalement les agents du ministère sénégalais des finances qui sont les premiers à reconnaître à la presse que le Polisario n’a qu’un statut d’observateur auprès de l’instance onusienne. Donc, l’étincelle était prévisible sur le volcan, eu égard aux tensions souterraines bien connues et tout aussi vieilles que le départ de Rabat de l’institution d’Addis Abeba le 12 novembre 1984. Le compromis consistant à placer l’ouverture de la réunion uniquement sous l’égide de l’UA ne pouvait être le bienvenu dans ce contexte et ils le savent si pertinemment au Sénégal, ces dirigeants qui vivent de plus près le charme dont le Maroc tente de faire montre dans l’espace Cedeao. De quel génie donc devrait-on se prévaloir pour avoir la capacité diplomatique ou tout au moins cognitive d’anticiper sur les effets du retour du Maroc à l’UA en janvier dernier ? Une part des responsabilités revient aux organisateurs qui savaient que la RASD soutenue par une petite dizaine d’Etats et sans siège à l’international, (ONU, Union européenne, Ligue arabe, Organisation de la conférence islamique etc.) aurait du mal à cohabiter avec son ennemi intime.

LES ENNEMIS INTIMES

Si l’on exceptait à tort ou à raison la question du statut de reconnaissance auprès des instances de New York, il resterait la notion de légitimité visiblement mal assimilée par Alger, l’un des soutiens de la RASD. L’allure d’équité de l’UA à l’endroit de cette partie ici considérée comme la victime et dont l’admission en son sein ne souffre d’aucune nuance est une bien élégante assise mais comment diable a-t-on pu admettre à Addis Abeba que le très controversé Polisario pourrait représenter les Sahraouie à Dakar en présence des élus des Conseils des régions de Laâyoune Sakia el Hamra et Dakhla Oued Eddahab dans le sud du Maroc ? Dans une interview à la presse marocaine, le vice-président du conseil de la région Laâyoune Sakia El Hamra, Mhamed Abba affirme que Les conseils élus par les habitants de ces provinces du sud du Maroc au terme des élections communales et régionales, outre les députés et conseillers siégeant, au nom de ces régions au parlement, disposent de toutes les garanties politiques en tant que représentants légitimes de ces provinces. C’est à croire que certains ont facilité l’avènement de la crise au bord de la provocation, pour reprendre l’insinuation de la délégation sud-africaine ralliée à Alger au moment de contester l’occupation du siège réservé au Sahara à Diamniadio. Certes, les territoires non autonomes peuvent être représentés tel qu’a semblé édicté la commission économique pour l’Afrique pour couper la poire en deux, justifiant ainsi pourquoi la pancarte indiquait  Sahara occidental et non pas RASD. Il faut cependant prendre en considération la décision de la Cour européenne de justice du 21 décembre qui dispose clairement que le Polisario n’est pas habileté à représenter les populations du Sahara. Du coup, les sièges étaient à priori réservés aux deux plénipotentiaires des provinces du Sud du Maroc, des leaders élus à l’issue des scrutins supervisés par des observateurs onusiens et européens.

En clair, le rendez-vous de Dakar était voué à l’échec malgré les plaidoiries du Nigeria et de l’Afrique du sud. Deux aspérités majeures sous-tendent l’impasse obligatoire à savoir notamment que d’une part, la caractéristique conjointe de la réunion ne suffirait pas à faire siéger la RASD à l’ONU. En la laissant avoir lieu, les partenaires deux parties auraient créé un fâcheux précédent que les organisations respectives se devront plus tard d’assumer dans le statut juridique des admissions aux rencontres internationales. Toute chose qui ouvrirait la porte à nombre de dérives insoupçonnées sur la carte des conflits frontaliers de par le monde. C’est la juste preuve que la conférence des experts économiques, en prélude à celle des ministres, manque d’encadrement politique. Il n’aurait pas été aisé de statuer non plus d’autre part, parce que les délégués ne se reconnaissaient aucun mandat de siéger séparément entre l’organisme onusien et l’institution africaine. Le royaume chérifien décroche donc sa victoire de faire reporter les travaux malgré les coûts engrangés. Les organisateurs doivent au demeurant se mettre à l’école de Christophe Ruffin sur la diplomatie parce qu’elle est un art qui requiert une si constante dignité qu’elle est fort peu compatible avec la précipitation, l’effort et le travail.

Add Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

%d blogueurs aiment cette page :