SEMBENE OUSMANE :  «PERE DU CINEMA AFRICAIN»

L’image est gravée dans les mémoires: Sembène Ousmane, boubou traditionnel, bonnet haoussa sur la tête et l’éternelle pipe à la bouche. Le look, la réflexion, le parcours, la résistance et l’œuvre ; tout chez l’artiste dégageait une authenticité. Sembène était un artiste unique ! Qui de mieux que lui d’ailleurs pour définir ce qu’est un autodidacte ? Ecrivain, réalisateur, acteur et scénariste majeur de l’Afrique contemporaine, «le père du cinéma africain», était l’un des rares cinéastes à avoir autant manqué son temps. Sembène est d’ailleurs celui qui a réalisé avec «La Noire de…» en 1966, le premier long métrage produit et réalisé en Afrique noire.

Né en 1923 en Casamance (au sud du Sénégal), Sembène est issu d’une famille modeste. Très jeune déjà, il affiche ses talents d’anticonformiste. Viré de l’école à 13 ans pour indiscipline, il devient tour à tour mécanicien et maçon. Doyen des cinéastes du continent au point de se surnommer «Aîné des anciens», Sembène reste aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus brillants réalisateurs de l’Afrique.

Issu de l’école de la rue et de la vie, Sembène a étudié le 7ème art à Moscou après avoir consulté André Bazin et Georges Sadoul, deux références de la critique.

Depuis ses débuts à la littérature et son émergence au cinéma, Sembène a toujours été fidèle à sa thématique récurrente autour de la tradition, du néo-colonialisme, de la religion, des rapports hommes-femmes en Afrique etc. C’est pour rendre son œuvre utile en le montrant au plus grand nombre qu’il se tourne vers le cinéma pour faire passer ses idées. Tous ses films portent un combat et un engagement et traitent tous les sujets de société sans complaisance. Cela fait de lui, un homme en avance sur son temps avec une œuvre toujours aussi actuelle. Engagé, entreprenant et persévérant, Sembène Ousmane a légué à l’humanité un patrimoine immense qui reste à découvrir. Il faut dire que son œuvre n’est toujours pas diffusée au Sénégal comme cela devrait l’être. Rares sont ses films qui sont passés sur les chaînes de télévision du pays.

Pour le dixième anniversaire de sa disparition, la Section sénégalaise de la Communauté africaine de culture (Cacsen) et le Daaray Sembène, en partenariat avec d’autres acteurs culturels, vont dérouler plusieurs activités dont des conférences, master-class sur son œuvre et projections de films entre autres. Ces activités qui ont déjà débuté vont se dérouler tout au long de l’année 2017 qui marque les dix ans de sa disparition. Une occasion pour rendre hommage au doyen Sembène et pour le faire connaître à la nouvelle génération qui n’a pas connu le cinéma et le livre. «L’œuvre de Sembène a fait l’objet d’un nombre important de travaux de recherche. Jadis, les élèves connaissaient Les Bouts de Bois de Dieu parce que, c’était au programme. Mais, sous la pression des enseignants et des élèves, nous avons tendance à retirer certains classiques alors qu’ils sont éternels. Les œuvres d’Ousmane Sembène comme Les bouts de bois de Dieu, Le docker noir, Mandat bi, Ô Pays mon beau peuple, Le dernier de l’empire…sont d’une importance et d’une pertinence capitales», constatait le professeur André Marie Diagne à l’occasion du lancement des activités.

En effet, il appartient aux générations actuelles et futures de poursuivre le combat de Sembène et de s’imprégner de la riche filmographie de Sembène Ousmane.

L’œuvre de Sembène en quelques dates

1944 : il est enrôlé et devient un tirailleur sénégalais pour libérer la France. Après la victoire et un retour peu prometteur à Dakar où le chômage fait légion, il retourne s’installer à Marseille. Là également, il devient docker, syndicaliste à la CGT, membre du Parti communiste français et milite pour l’égalité du traitement des ouvriers issus des colonies.

Militant.

1956 : il écrit son premier roman, le «Docker noir», sur son expérience personnelle. Sa vision de la littérature est militante. Il veut publier pour aider les Africains à prendre conscience de leur situation de dominés.

1960 : C’est l’année où sort «les Bouts de bois de Dieu», un roman considéré comme un classique dans de nombreux pays d’Afrique de l’ouest. Sembène y raconte une grève des années 40 dans les chemins de fer à Thiès et, plus au sud, vers Kayes. Avec les indépendances, il rentre au Sénégal, voyage au Mali, ex-Soudan français, et au Congo. Le cinéma lui semble un moyen plus efficace pour toucher le peuple africain. Il change d’orientation professionnelle et artistique. A presque 40 ans, il part pour Moscou, au VGIK, l’école de cinéma la plus fameuse de l’Est, prendre des cours de réalisation.

1963 : il sort son premier court métrage «Borom Sarrett», un véritable    chef d’œuvre en noir et blanc. Sur un fond sonore de musique traditionnel, le film narre l’histoire d’un conducteur de charrette qui tente de gagner sa vie à Dakar. Il s’attend à être payé pour ses services, mais ne le précise pas à l’avance, de sorte que les gens tirent souvent avantage de lui sans le payer. De la naissance à la mort, de la maternité au cimetière, du quartier indigène à la ville, de la galère au gaspillage, tout y passe. En vingt minutes c’est un formidable récit de la vie que Sembène propose dans «Borom Sarrett».

1966 : quatre ans après ce premier court-métrage, il met en scène «La Noire de…», un long-métrage court (soixante-cinq minutes) qui le fait connaître à l’étranger. Un beau film qui raconte l’histoire d’une jeune sénégalaise immigrée en France réduite en esclavage par ses patrons blancs. En France, la vie de cette femme n’est pas celle dont elle avait rêvé. Critique d’une période postcoloniale, le film obtient le prix Jean-Vigo.

1968 : le film «Le Mandat» sera son chef-d’œuvre. Dans «le Mandat», Sembène fait en effet montre de toutes ses qualités de conteur. A travers les tribulations d’un habitant de Dakar qui veut toucher le mandat qu’il a reçu, le cinéaste montre une société où le profit, l’argent facile et la jalousie ont prix le pas sur la dignité et les valeurs. Sembène y montre aussi la cruauté de la ville où tout se monnaye et où tous les coups sont permis. Le film a interprété le Prix de la critique internationale au Festival de Venise.

1971, Sembène réalise «Emitaï» qui traite des vieilles croyances tribales.

1975 : «Xala» est comédie réjouissante où un membre de la nouvelle société très tournée vers l’occident, essaie de remédier à son impuissance sexuelle en faisant appel aux recettes traditionnelles.

1977 : «Ceddo» est son film-polémique, longtemps censuré par les le président Senghor pour avoir fait un portrait peu flatteur de l’islam africain.

1987 : dix ans vont passer sans que Sembène ne sort un nouveau film. Cette fois, il tourne «Camp de Thiaroye», l’histoire douloureuse de la révolte des tirailleurs sénégalais qui font l’objet d’une sanglante répression par les forces françaises. A travers ce récit émouvant, Sembène a montré à l’écran une histoire jusqu’à alors peu connue et peu abordée au Sénégal.

1992 : Sembène sort «Guelwaar». Le cinéaste que l’on surnomme le «mécréant» aborde de nouveau la religion en mettant en scène les relations entre l’islam et les autres religions. A travers «Guelwaar» qui est un chrétien qui, mort, est enterré dans un cimetière musulman, il traite de la difficile question religieuse et surtout de l’intolérance.

2000 : «Faat Kiné» est un long-métrage en hommage à la femme sénégalaise, battante et libérée de tous codes sociaux.

2004 : «Moolaadé» s’attaque à l’excision des femmes et dénonce la tyrannie des hommes africains envers leurs épouses.

 

Ousmane Sembène

Né le : 01/01/1923

Décédé le : 09/06/2007

Réalisateur sénégalais (1923-2007) considéré comme le père du cinéma africain. Il fut aussi acteur, scénariste, écrivain et surtout militant obstiné. Son œuvre tourne essentiellement autour de son engagement politique et social, du poids des traditions, de l’émancipation de la femme entre autres sujets.

 

 

PaAda Touré

 

 

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