SENEGAL: DIALOGUE SYNDICATS/ETAT

Entre les syndicats et le gouvernement, la dernière année scolaire a été plutôt difficile. En Conseil des ministres, se penchant sur la rentrée scolaire, le Président Macky Sall a instruit dans le sens de l’apaisement. Saourou Sène, le secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du moyen et du secondaire (Saems) réagit. Dans le sens du partage des responsabilités.

 

Le président Sall a instruit le gouvernement pour la concrétisation des accords. Vous avez réagi pour indiquer qu’il y a encore des manquements. Quels sont-ils ?

Je voudrais d’abord saluer l’opportunité de l’adresse du Chef de l’Etat, puisque nous sommes à quelques semaines de la rentrée scolaire. Dans le protocole d’accord signé le 30 Avril 2018 il est clairement indiqué que le Premier Ministre devrait tenir des rencontres de monitoring avec tous les acteurs pour un meilleurs suivi dans le cadre de la matérialisation des accords.Au regard de ce qui est entrain de se passer, il y a un semblant de volonté de matérialiser certains accords sans y mettre une certaine rigueur.Cest le cas par exemple des Passerelles Professionnelles ou les quotas trop faibles et non communiqués  à temps ont fini de décourager nombre d’enseignants. C’est la démarche que nous avons observée au niveau du séminaire atelier organisé dans le cadre des conclusions issues de l’étude portant sur le  système de rémunérations.

Nous avions reçu juste un extrait du rapport à deux jours de l’atelier et on nous demandait de faire des propositions concrètes tirées du rapport.Ce qui manifestement était impossible.Encore que le Chef de l’Etat lui-même reconnaît le caractère non exhaustif du rapport produit par le cabinet MGP AFRIQUE .

D’ailleurs il était retenu devant le Chef de l’Etat de déclassifier le rapport produit par l’inspection générale de l’Etat sur le même sujet pour mieux outiller les acteurs afin qu’on puisse faire des propositions scientifiquement appréciables et donc acceptables. Hélas nous avons l’impression que le partenariat n’est pas trop sincère pour arriver à un résultat appréciable, fruit d’une réflexion nationale sur la rémunération des agents de l’Etat.

Mais nous restons en escadron dynamique pour rappeler le caractère irréversible du processus. Si le Burkina Fasso ou le Tchad ont réussi en un an à bâtir un système de rémunération juste et équitable pour leur fonction publique je crois que le Sénégal devrait pouvoir faire mieux s’il y a une réelle volonté politique.

Sur les autres points, comme le corps des administrateurs scolaires, jusque-là, rien n’est encore fait depuis la signature du Protocole. Alors qu’il avait été indiqué qu’unun atelier se tiendrait sur la question avant octobre 2018. Les lenteurs administratives sont encore là, même si je salue la tenue de 3 Guichets uniques et l’organisation sans couacs majeurs des commissions paritaires.

Pour revenir un peu sur les passerelles professionnelles, je rappelle que la commission de mise en position de stage ne s’est pas encore réunie pour les détenteurs de diplômes académiques. Enfin, nous espérons que le Gouvernement respectera les échéanciers pour l’indemnité de logement.

A part ça, qu’est-ce qui freine la volonté de concrétiser le slogan « oubi tey Jang tey » ?

Votre question me permet de saluer les efforts faits par nos amis et partenaires de la COSYDEP avec le coordonnateur Cheikh Mbow et son équipe. Vous l’avez dit, “oubi tey jang Tey” est un slogan mobilisateur pour tous les acteurs. Pour l’effectivité d’un tel slogan, il faut que chacune des parties joue le jeu. Que ceux qui sont chargés du désherbage, du nettoyage et de la désinfection des écoles le fassent à temps, juste avant l’arrivée des élèves et du personnel enseignant et administratif. Que les chefs d’établissements établissent à temps les emplois du temps, la mise en place de matériels didactiques avec le concours des collectivités locales. Il faut le noter pour s’en féliciter : les enseignants sont toujours au rendez-vous avec quelques absences parfois involontaires. En somme, je crois qu’on arrivera un jour à comprendre que dès que l’école ouvre ses portes, chaque heure non utilisée grève le quantun horaire et c’est injustifiable.

Au delà de la COSYDEP chacun doit assumer la plénitude de ses responsabilités pour éviter de perdre encore du temps. Les chefs d’établissement sont interpelés. Je dois juste rappeler que notre syndicat n’a jamais protégé un agent qui fait dans la paresse. Nous restons debout pour plus de respect et de dignité pour les enseignants, tout comme nous militons en faveur d’un système éducatif de qualité.

 

Lors d’une rencontre sur le PSE, vous avez parlé de la précarité que vivent les enseignants. Dans quelle mesure l’enseignant est-il moins bien loti que ceux des autres corps?

Aujourd’hui, il est avéré que les enseignants apparaissent comme les parents pauvres du système de rémunération des agents de la fonction publique sénégalaise. La prevue, c’est seulement dans le secteur de l’éducation où des agents de la hiérarchie A acceptent de faire le concours de L’ENA pour aller à la hiérarchie B. Et au regard des départs massifs vers d’autres secteurs plus rémunérateurs, il y a lieu de s’alarmer. Nous n’avons pas le choix; nos luttes apparaissent aujourd’hui comme des luttes de survie au regard du pouvoir d’achat des enseignants. Je crois que les salaires devront au moins être indexés au niveau de l’inflation. D’autant plus que nous vivons dans une société de l’avoir. La noblesse du métier ne suffit plus pour y rester. Les autres agents ont en plus du salaire, des fonds communs entre autres possibilités et on demande aux enseignants de rester dans la misère. C’est inacceptable et même intolérable.

 

 

La baisse de qualité chez les enfants scolarisés n’est-elle pas

aussi la faute des enseignants ?

Oui, la baisse de la qualité des élèves est liée à plusieurs facteurs. Nous avons certes des enseignants démotivés, démoralisés au regard des multiples agressions dont ils sont souvent victimes, surtout en période de grève où le Gouvernement fait souvent dans l’intimidation et la stigmatisation, mais ils restent des patriotes conscients de leur responsabilités pour un système éducatif de qualité. Il est important de noter que si les apprenants n’envient pas leurs maîtres comme ce fut le cas dans le passé,il va sans dire qu’ils auront du mal à suivre correctement leurs enseignements.

Par ailleurs, les parents ont aussi une part de responsabilité dans le défaut d’encadrement à la maison. De même qu’aujourd’hui, les enseignants sont fortement et négativement concurrencés par les réseaux sociaux où il y a du bon, du moins bon et même du mauvais pour les enfants. Cette forte concurrence perturbe la concentration nécessaire à tout enseignement. Il s’y ajoute qu’avec la publicité, l’orthographe est foulé au pied. Donc, des efforts devront être consentis pour réorienter l’orientation, sinon nous éprouverons plus de difficultés pour faire échec à l’échec.

 

 

Recueillis par Fara SAMBE

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