SENEGAL-POLOGNE : LECONS DE VARSOVIE

L’Ambassadeur Michal Radlicki a la lourde tâche de conduire les relations diplomatiques entre le Sénégal et la Pologne, deux pays si lointains l’un de l’autre, mais que tout rapproche. Il veut notamment partager l’expérience de la mise aux normes lors de l’adhésion de Varsovie à l’Union européenne en 2004, son agriculture basée sur des petites exploitations et le commerce de produits de qualité réputés les moins cher d’Europe. Et sans doute promouvoir des joint-ventures sénégalo-polonaises.

 

 

Fermée en 2008, la représentation diplomatique de la République de Pologne devait rouvrir en juin 2016, suite à la visite officielle du président Macky Sall à Varsovie. L’ambassadeur Michal Radlicki rappelle qu’en 2015, le Sénégal avait choisi la Pologne pour abriter une représentation régionale couvrant les pays baltiques jusqu’à l’Ukraine. L’Ambassadeur et le deuxième secrétaire Malgorzata Korobowicz, qui ont reçu votre serviteur aux Almadies, se félicitent de cette « grande visite » qu’ils ont préparée depuis Dakar. En retenant le rôle qu’a joué la forte délégation du secteur privé, dont les pourparlers avec leurs homologues polonais commencent à porter leurs fruits. « Le Sénégal a été le premier pays où nous avons ré-ouvert l’ambassade après plusieurs tentatives dans la région depuis une dizaine d’années. C’est aussi la première visite présidentielle de toute l’Afrique », clame Machal Radliki pour qui ce fut « un facteur d’ouverture, de marketing, déclencheur d’idées ». Tout en saluant la découverte entre deux pays lointains qui ont tant de choses en commun, notamment un passé de souffrances (l’esclavage, la colonisation, d’un côté, la colonisation, la guerre et les déportations, l’occupation, de l’autre), mais aussi le combat pour le développement, une forte tradition d’hospitalité, etc. Sur le volet économique, nos deux interlocuteurs retiennent notamment la rencontre B to B dont ils avaient jeté les bases à Dakar lors d’une précédente mission économique d’hommes d’affaires polonais qui ont ainsi pu aller plus loin dans les contacts noués. « Sauf qu’on ne peut pas s’attendre à la réalisation de tous les projets en quelques semaines ou quelques mois. Ça va prendre du temps. Mais des choses intéressantes sont en cours et qui, j’espère, vont être finalisées cette année », ajoutent les deux diplomates. A l’heure du Plan Sénégal émergent (PSE), que l’ambassadeur salue comme « un très beau plan », qui « peut changer le Sénégal vers la modernisation et le développement », les secteurs intéressants pour la coopération entre les secteurs rivés couvent une très large palette, notamment « l’agriculture, l’agroalimentaire, la production laitière, le Btp, surtout dans les matériaux et la finition des bâtiments (portes et fenêtres, poignets), le secteur minier qui fait l’objet de beaucoup d’intérêt au Sénégal, ou le secteur maritime et de la surveillance du littoral où nous avons une solide réputation ». Il insiste cependant sur la nécessité de mettre en application la planification et les stratégies définies comme point de départ. « C’est là que nous voulons participer en nous inscrivant dans la ligne du PSE, dans les domaines où nous sommes efficaces comme exportateurs et investisseurs », lance-t-il avec enthousiasme.

FORMATION TECHNIQUE ET MECANISATION AGRICOLE

Sa comparaison entre les systèmes agricoles des deux pays vient renforcer cet optimisme. « Parce que l’agriculture polonaise et aussi caractérisée par un éparpillement des exploitations. On nous a toujours dit que cette structure de petites exploitations d’une dizaine d’hectares n’est pas efficace. Qu’il faut aller vers plusieurs centaines d’hectares pour être compétitif vis-à-vis des grands agriculteurs étrangers. Nous avons réussi à démontrer que ce n’est pas vrai. Parce que nous, notre agriculture s’en sort très bien, avec des surfaces dont la moyenne est entre 8 et 10 hectares. » Et de développer l’idée qu’il faille convaincre les victimes de l’exode rural « qu’avec un lopin de terre, on peut être efficace et bien gagner sa vie ». Convaincu qu’avec une politique agricole bien pensée, en partant d’une bonne connaissance de « ce qui convient pour chaque type de sol, quels produits ici ou là », on peut dissuader ceux qui fuient vers les grandes villes « où en fait il y a de plus en plus de problèmes ». C’est à ce niveau que la Pologne veut aussi apporter son expertise en terme de formation professionnelle et technique. « Pas du niveau universitaire ou polytechnique. Parce que là vous faites déjà très bien ». Et de citer l’exemple « des fameux plombiers polonais qui faisaient rire il y a quinze ans au début de notre entrée à l’Union européenne (en 2004 –ndlr) ». Concrètement, il cite des domaines comme la plomberie, l’électricité, la mécanique, etc. Avant de lancer comme une boutade : « dans beaucoup de pays européens, on demande maintenant des plombiers polonais ou des électriciens de Cracovie ». Deux propositions sont avancées en toute franchise : la création d’un centre de formation technique et de professionnalisation dans ces métiers et la mécanisation agricole et tout le matériel nécessaires aux futurs fermiers. « C’est un domaine de coopération potentiellement intéressant », dit simplement le chargé d’affaires en s’appuyant constamment sur le secrétaire Malgorzata Korobowicz chez qui le souci est principalement le rapprochement entre les deux peuples.

MISE AUX NORMES, COMPETITIVITE, QUALITE

L’autre face du dé, ce sont les échanges, notamment commerciaux, entre les deux pays situés aux pôles de l’accord de partenariat économique (APE). Une phrase clé à retenir apporte une autre conviction de l’ambassadeur : « en rejoignant l’Union européenne, nous avions les mêmes craintes que vous avez relativement à l’Ape ». Tout en estimant que la décision de signer ou non l’Ape relève de la souveraineté de chaque Etat,  il ramène la question à celle qui s’est posée lorsqu’il leur a fallu  adapter toute l’infrastructure industrielle polonaise au niveau européen. Ce qui ne s’est pas fait sans sacrifices. Au final, la Pologne dispose aujourd’hui –depuis 2004-, d’usines encore neuves, tout en à garder les prix à leur bas niveau. Un sujet de fierté : « la Pologne a les prix les plus bas en Europe dans tous les domaines, et surtout de la production ». Grâce aux salaires qui ne sont pas encore aussi élevés. « On a donc la bonne qualité grâce à des usines modernes, avec des prix encore bas. Là, les possibilités de coopération sont énormes », clame-t-il avec la même ferveur. Avant d’informer que des produits polonais sont sur le marché sous d’autres marques, ce qui s’explique par le jeu des intermédiaires. « Il est donc clair qu’on y gagne tous les deux, la Pologne et Sénégal, simplement en supprimant cet intermédiaire », invite le diplomate. Qui plus est, selon lui, « c’est aussi la raison de la création de cette ambassade pour aider les petites et moyennes entreprises à venir s’installer sur le marché sénégalais ». C’est pourquoi l’Ape, « doit pouvoir être gagnant pour les deux côtés », l’expérience polonaise ayant démontré que l’appartenance à un grand marché de plusieurs pays « cela apporte de nombreux avantages et c’est généralement positif ». Prenant exemple sur l’agriculture, il ajoute : «  C’est clair que l’accord faisant baisser les taxes à l’entrée, les produits vont arriver moins chers. C’est la même chose dans l’autre sens pour les produits sénégalais, comme la mangue qui est un bon exemple ». Il reste pourtant la crainte que l’Ape écarte les producteurs locaux. Son plaidoyer est simple : « Nous avons eu les mêmes craintes au moment de l’entrée dans l’Union européenne et c’étaient les mêmes arguments chez les agriculteurs (…) Il y a donc parfois beaucoup de craintes non fondées. Et d’après notre expérience, il y a beaucoup plus d’avantages et de profits ».

 

Enfin, sur l’énergie, Machal Radlicki est catégorique : « je suis entièrement en phase avec le président Macky Sall qu’en Afrique, chacun doit trouver son propre mix énergétique. Il n’ y a pas une règle générale pour tout le monde (…) Il faut trouver un juste milieu, un mix énergétique pour chaque pays. Nous, nous avons plus de charbon et moins de gaz ; au Sénégal, si les découvertes de pétrole et de gaz se réalisent, tant mieux, alhamdoulillah ( !) Sans oublier que « Le Sénégal bénéficie par exemple de ce qui attire tout le monde : le soleil 330 jours par an. Ce qui nous manque malheureusement en Pologne. » Jaloux , l’Ambassadeur? Non, tout simplement réaliste.

 

Source : Par Fara SAMBE (pour La Gazette)

 

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