SENEGAL :   SONKO, UN OBAMA SENEGALAIS ?

Beaucoup d’analystes l’ont comparé à Emmanuel Macron et Barack Obama. Candidat à l’élection présidentielle 2019, Ousmane Sonko innove en convoquant son “peuple” à un parrainage « social », c’est-à-dire public, pour présenter un livre sur les “SOLUTIONS” qu’il préconize. Même si des économistes ont relevé des faiblesses, notamment autour de la fiscalité, de la renégociation de certaines concessions et de l’investissement direct étranger, il n’en demeure pas moins que l’ancien inspecteur des impôts ne laisse pas les Sénégalais indifférents.  Retour sur le portrait que nous avions dressé de ce “singleton” qui se présente avec les atouts d’un patriote moralisateur, mais pèche sans doute par son jeune âge qui le rend cassant, et une absence de base arrière et de machine électorale.

LE PARTI-PROGRAMME. Tout d’abord, Ousmane Sonko n’est pas entré en politique par effraction.  Car même si l’on peut être tenté de le placer dans le même catégorie que les néo-politiciens que sont l’ex-magistrat  Ibrahima Dème ou le ci-devant Capitaine Mamadou Dièye, l’ancien Inspecteur des impôts et domaines se distingue des  bénéficiaires d’effets de manche par leur démissions qu’ils ont médiatisées. Lui, a été exclu de son corps d’origine, suite à ses révélations dont il a pourtant démontrée qu’elles n’avaient rien à voir avec les dossiers  pour lesquels il est tenu par le devoir de réserve. Auparavant, il avait mis en place le 4 janvier 2014, le Parti “Patriotes du Sénégal pour le Tarvail, l’Ethique et la Fraternité” (Pastef), dont l’énoncé est tout un programme auquel il reste attaché. C’est dire que son action était mûrie et sa démarche vers la conquête du pouvoir élaborée de longue date. Contrairement  à Ibrahima Dème qui dit avoir mené le même combat  dans la magistrature, avant d’en démissionner devant la presse et de se lancer en politique pour l’y poursuivre. Idem pour le Capitaine Mamadaou Dièye qui a d’abord déposé sa démission, avant de faire sa déclaration politique. Même si, autant ces deux derniers n’ont avancé aucun programme, autant Sonko s’en est limité à la politique des « mains propres ». Ce qui le distingue aussi des dissidents d’autres partis  comme Malick Gakou qui a quitté l’Afp de Moustapha Niasse ou Khalifa Sall exclu du parti socialiste, qui gardent leur identité programmatique. Cheikh Hadjibou Soumaré  ne pourra non plus être lu qu’à travers le régime libéral  dont il a mené le programme de gouvernement. Sans oublier le candidat (?!) du PDS le parti de Wade qui restera égal sur sa ligne libérale.

Sonko n’a de “comparable” que le probable candidat du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR), Elhadji Issa Sall plus mûr que lui, mais aussi son aîné en politique. On les verrait bien cheminer ensemble. Sauf que le lader du Pastef se démarque du reste de la troupe par une démarche quasiment solitaire, depuis que le rapprochement avec Abdoul Mbaye a fait long feu. Et cette attitude  de loup solitaire a plus de chances d’être une faiblesse compte tenu de la sociologie politique qui pousse plutôt vers les alliances.

REVELATIONS-COMMUNICATION : Il est arrivé  dans le champ médiatique par une révélation sur le non-paiement de l’impôt par les députés. L’information a eu beau être démentie, peu de Sénégalais ont accepté les explications données, à commencer par celle de Moustapha Niasse, le Président de l’Assemblée nationale. Non pas que les preuves n’aient pas convaincu, mais parce que le but poursuivi avait été atteint : pointer du doigt les  privilèges échus de la politique dans un pays pauvre. Depuis lors d’ailleurs, les révélations ont continué sur le même tempo, alors qu’en limitant le salaire des Directeurs généraux à 5 millions, le Président Sall n’a fait que conforter la réprobation des populations face à ces émuluments et avantages qui apparaîssent comme non mérités. Les révélations ont permis à Ousmane Sonko d’enfourcher le cheval des valeurs dont la première n’est autre que la solidarité.

La deuxième “revelation” qui a fait tilt poursuivait des objectifs similaires et continue de faire les manchettes. Le pétrole n’est pas sorti ex nihilo et Sonko n’avait réellement pas un objectif de justicier. La preuve est qu’il a mouillé Aliou Sall sans apporter aux juges des éléments leur permettant d’entre en instruction. L’objectif était de surfer sur le népotisme qui avait perdu Abdoulaye Wade pour les gains médiatiques que l’on connaît. Puisque la concentration des pouvoirs sur la présidence a également l’inconvénient d’ouvrir le mégaphone dès lors qu’un débat fait tilt là-haut. C’est ce qu’ont compris tous ceux qui déclarent à tout crin « parler à Macky Sall », même pour un grain de sel fin.

D’un côté, Sonko avait  braqué l’Assemblée nationale où plusieurs députés ont dû lui répondre, de l’autre il s’est attaqué à la famille du Président pour faire bouger ses souteneurs, sympathisants et amis qui n’ont fait qu’apporter de l’eau à son moulin. La tactique a été payante, puisqu’en termes de notoriété, il se plaçait sous les spots à chaque sortie. Et continuera de faire impression chaque fois qu’il sera question de gaz, c’est-à-dire jusqu’au jour J.

Sur ce tempo d’ailleurs, une autre révélation et non des moindres, c’est le refus de prendre les bons de carburant d’une société multinationale. Outre le fait que cette sortie avait remis au gout du jour son livre –sans en faire un best seller-, cela a doté le jeune Ousmane Sonko  d’une capacité distinctive de nationaliste et moralisateur. Et apparemment ça mache, même si on peut le trouver populiste, voie démagogique, compte tenu du fait que le secteur est dominé par les  majors. Encore une fois, le but était autre : mettre à nu les quantités faramineuses d’essence dont sont dotées certains agents de l’Etat, à l’heure où   le régime faisait des économies sur le téléphone et l’électricité et aujourd’hui sur les lodgements.

En matière de communication, c’est de bon aloi. Seul l’effet boomerang est à craindre et les adversaires seront continuellement à l’affût jusqu’aux calendes d’un futur écart de conduite qui pourrait lui être alors fatal.

ATOUTS ET FAIBLESSES : On dit de lui qu’il traitait avec une égale rigueur tous les dossiers qui lui parvenaient aux impôts et domaines, sans “transiger”. La notoriété ainsi échue, d’un « Monsieur propre » en politique, n’est pas un atout négligeable. Surtout au moment où tant d’hommes du sérail se sont dévalorisés depuis 2000, par les affaires,  la transhumance intéressée et/ou le double langage. Ousmane Sonko garde le cap d’un homme de principes qui  s’attaque continuellement  aux privilèges jugés exorbitants dans un pays où la pauvreté demeure un défi majeur. Son discours a fait mouche, si bien qu’il gagne chaque jour des émules. Tous ceux qui se sont declares en solo ont emprunté sa recette ancrée sur  « des valeurs ». De Thierno Alassane Sall aux amis de Khalifa Sall, jusqu’à Cheikh Hadjibou Soumaré, on surfe sur le même discours qui en devient malheureusement simple ritournelle, comme les options sociales (que tous disent partager) et la nécessité du changement qui ne peut dépasser le succès qu’à eu le « Sopi » de Me Wade.  Au-delà, Sonko n’apporte (encore!?) rien de nouveau, surtout en matière programmatique. C’est sans doute sa première faiblesse, puisqu’on ne peut  changer un système sans faire trembler les fondements, notamment en matière économique. Est-ce l’aveu de sa non-maîtrise des  enjeux ? Sans doute, puisqu’à  défaut de trouver du blé à moudre chez tel candidat, l’électorat ne changera pas d’option, ayant déjà vu des moralisateurs tourner casaque une fois élus et confrontés aux réalités du pouvoir dans un pays encore tributaire de solides accords bilatéraux anciens et des relations viciées par des intérêts déguisés si pesants.

Son autre faiblesse viendrait de son jeune âge qui fait que dans la fougue qui le caractérise, Sonko est souvent cassant face à la presse, dès lors que celle-ci va dans un sens qui lui déplait. N’ayant pas appréhendé la pluralité des médias et leur liberté de ton, il les braque souvent par des énervements indus face aux questions qu’il juge trop orientées ou simplement quand on le coupe. On se souviendra de sa catégorisation envers les journalistes  « nuls », qui a fait le tour des réseaux sociaux. A moins qu’il s’agisse d’une tactique aux objectifs nébuleux, cette faiblesse sera de plus en plus manifeste à mesure qu’approchera la date fatidique et que les questions se feront plus précises. Passé l’état de grâce dû à son éviction de son poste. Sur la nécessité de soigner les  rapports avec la presse, la leçon a été donnée par Me Mame Adama Guèye qui voulait  fermer le Soleil, la RTS et l’Aps. Car un tel  esprit de corps règne dans les médias, qu’à défaut de pouvoir  les ménager, il  vaut mieux le traiter  avec certains égards.

Dernière faiblesse et non des moindres, à force de faire cavalier seul, Ousmane Sonko semble ne pas craindre l’isolement. Sans doute se prépare-t-il alors pour des échéances futures, c’est-à-dire pour l’après Macky Sall 2. Il en a l’âge en tout cas.

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