STATUT DE LA FEMME :  LE MANQUE DE VOLONTE POLITIQUE DENONCE

 «Les femmes doivent adhérer aux partis politiques» ou encore « les femmes ne représentent que 11% dans le gouvernement. Ces propos sont soumis à l’analyse de Khady Fall Tall. La présidente de l’Afao et responsable du Fescao pointe du doigt un manque de volonté politique.

 

Q : Lors de la journée du 8 mars, le président a invité les femmes à investir davantage les partis. La politique est-elle l’unique levier de promotion de l’accès des femmes aux instances décisionnelle ?

R : Cela dépend de l’objectif et pourquoi, il a pensé que les femmes doivent s’investir davantage dans le cercle politique et dans quel contexte il l’a dit. A l’analyse des élections présidentielles passées, on peut évidemment s’émouvoir de l’absence des femmes aussi bien de l’échiquier politique qu’en général des cercles de prise de décision. Et cela nous l’avons, nous tous, déploré depuis la fin des élections. Nous ne comprenons pas pourquoi les femmes sont complètement éliminées du jeu politique de notre pays et qui a servi d’exemple à presque tous les pays de l’Afrique de l’Ouest. Le Sénégal a connu un avancement dans la prise en compte des femmes et qui s’est targué aussi d’une loi sur la parité alors d’autres n’ont pas de loi sur la parité. Nous, on a une loi sur la parité t on n’arrive pas à accéder à aux instances de prise de décision. Pris sous cet angle, je peux comprendre le vœu du Président de voir plus de femmes s’engageaient dans la politique.

Une autre forme d’analyse, peut-être que c’est pour qu’on ne dise pas que ce sont les décideurs qui ne veulent pas promouvoir les femmes. Il y a des femmes dans le milieu politique peut-être que ce ne sont pas les femmes qu’ils souhaitent avoir dans le milieu politique qui y sont. Ça aussi c’est une interprétation que d’autres font pour dire que ce ne sont pas des femmes de qualité qui peuvent changer la donne. Mais pour répondre votre question, je pense la raison qu’il le faut le plus retenir, c’est celle de dire que si on ne fait de la politique, c’est le principe de l’œuf et la poule, on ne va pas accéder aux instances de prise de décision. C’est un constat, il ne s’agit pas d’un commentaire. Tout le monde sait que des femmes qui ne font pas la politique n’ont pas droit à être responsabilisées dans ce pays. Si c’est pour ça qu’il le dit, c’est à nous maintenant d’apprécier. Est-ce que pour accéder aux instances de prise de décision, c’est une décision ou une forme de chantage. On peut toujours se poser cette question. Mais à mon avis chacun des constats que j’ai étalés ici vaut, pour la bonne et simple raison que nous avons qu’il n’y a pas eu un seul candidat femme sélectionné après le parrainage. Nous avons constaté aussi que les instances de décision ne sont pas ouvertes aux femmes, on les y envoie par liste quand il y a une organisation, une institution à mettre en place, on peut y mettre 4, 5 ou 30 femmes. On les désigne, il n’y a aucun critère qui est mis en avant. Dès lors qu’il n’y a pas de mérite pour cette sélection, on peut évidemment admettre qu’il n’y a pas de transformation sociétale à attendre en ce sens.

Il y a un nombre limité de femmes dans le gouvernement. Comment peut-on améliorer ce taux vu que les postes ministériels sont nominatifs ?

Vous avez répondu à la question puisque c’est nominatif, il ne dépend que de lui que d’avoir le nombre de femmes qu’il faut dans l’attelage gouvernementale. Il n’a, peut-être, pas vu suffisamment de femmes en qui il a confiance, des femmes qui ont les compétences ou qui méritent, selon lui, d’être dans le gouvernement. Je ne peux vraiment pas y répondre parce que c’est de la volonté exclusive du président de la République. Il s’agit d’une nomination, il ne dépend que d’une personne cela n’a pas besoin d’être analysé parce que c’est simplement une volonté personnelle mais cette volonté l’emporte sur la volonté politique. Etant l’institution politique la plus élevée, on peut penser que la traduction en actes de la volonté politique passe par sa personne. De ce point de vue, si on avait la volonté politique nécessaire le débat ne se poserait pas comme cela. Le ministre n’aurait pas à constater que les femmes ne représentent que 11% du gouvernementale.

Les revendications féminines sont en latence depuis l’effectivité de la parité. L’invite du Président de la République ne sonne-t-elle pas comme une nouvelle ère de mobilisation des femmes ?

Cela peut être une nouvelle ère de mobilisation des femmes mais cela peut être aussi un aveu d’échec pour la bonne et simple raison que si la parité suffisait pour que les femmes puissent être bien entendues, biens vues, bien comprises, peut-être qu’on ne serait pas près de 10 ans après à s’émouvoir sur l’absence des femmes des cercles de prise de décision. La parité apporte une contribution numérique à la représentation des femmes dans les instances électives. Est-ce que le numérique a suffi pour donner les résultats qu’on attend, c’est une question qu’on peut se poser. On aurait bien aimé que la parité puisse l’emporter sur la représentation quantitative mais aussi qualitative et que le Sénégal ne soit plus, aujourd’hui, indexé dans le monde pour l’absence de prise en charge de la dimension genre. C’est la réalité des choses et c’est tellement vrai que les femmes sont en train de s’organiser pour aller vers des assises pour organiser l’espace féminin de ce pays, pour voir ce qui nous arrive tout d’un coup après la parité, la situation de la femme dégringole.

`Source : (F. S. DIOP, pour La Gazette

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