UA : s’autofinancer ou disparaître

La question de l’autofinancement des activités de l’Union Africaine par elle-même s’est encore imposée au menu du 29eme sommet de ses Chefs d’Etat et de gouvernement avec le don du Président Robert Mugabé évalué à un million de dollars. Toute la stratégie contenue dans les multiples résolutions n’a guère dépassé l’étape des discours officiels depuis plusieurs années de dépendance matérielle.

La problématique du financement de l’Union Africaine en tant qu’institution continentale est basée sur les incertitudes des contributions des membres dont le sens de l’incurie n’a d’égal que leur égo et le souci permanent de se perpétuer gratuitement aux affaires. Les déclarations enflammées à l’estrade du siège d’Addis Abeba ne suffisent plus, il faut mettre la main à la poche et se priver de belles excuses qui tendent à faire allégeance aux bailleurs de fonds de l’organisation africaine. A l’ouverture du rendez-vous des Chefs d’Etats et de gouvernements en début de semaine, le président de la commission de l’Union Africaine n’a pas mis de gangs pour expliquer que l’autofinancement est la première réforme à mettre en oeuvre si l’institution veut garder le minimum de crédibilité qui lui reste dans le monde.

Des efforts vains

A leur décharge et toute mention faite pour en apprécier la hauteur, les dirigeants africains avaient déjà pris conscience de leur défaut d’émancipation principalement lié à la bonne vieille thèse de Thomas Sankara. A savoir que la main qui donne est celle qui dirige. Ils ont même adopté en juillet 2016, le principe d’une taxe de 0,2% sur les importations pour financer leur organisation et la rendre moins dépendante des donateurs étrangers qui contribuent à hauteur de 73% de son budget pour en dire le moins. Les premiers calculs montraient que les fonds issus de cette taxe couvriraient 100% des coûts d’opération de l’Union Africaine, 75% de ses programmes et 25% de son budget de maintien de la paix. Comme à leurs habitudes, très peu d’Etats se sont manifestés à la caisse, exception faite des plus loyaux comme la Libye et l’Egypte fidèles à leurs contributions quelle que soit la saison. Pourtant, l’organisation a principalement besoin d’une affectation annuelle de 522 millions de dollars pour son fonctionnement et un peu plus de 750 millions de dollars pour ses opérations de maintien de la paix. Des postes renfloués par la banque mondiale, les Etats Unis, la Turquie, la Chine, l’UE et d’autres mécènes. Tant que nous ne pourrons pas financer nous-mêmes nos propres programmes, l’Union africaine ne sera pas réellement nôtre, a expliqué le président Mugabé dont certains soutiens locaux ont dû vendre des têtes de bétail aux enchères pour contribuer au don d’un million de dollars à l’institution. Bob comme on l’appelle affectueusement fait partie de ceux qui ont réussi à mettre sur la table une taxe de 2 dollars sur les nuits d’hôtels et de 10 dollars sur les billets d’avion pour les vols en partance ou à destination de l’Afrique. Il a été prouvé que ces mesures permettraient de lever 730 millions de dollars par an, en plus d’une taxe additionnelle de 0,005 dollar par SMS échangé sur le continent, soit une cagnotte de 1,6 milliard de dollars par an. De longs débats de couloirs maintenus en vain parce que la résolution tarde à être mise en oeuvre. Les plus réfractaires aux taxes y voient le prix à payer sur l’industrie du tourisme dénoncant le confort secteurs pétroliers et miniers présumés épargnés. Le nigerian Olusegun Obasanjo était chargé depuis 2013 de conduire la réflexion sur ces pistes de solution mais son engouement n’a pas survécu aux ennemis de la solidarité.

Le mythe de la dépendance

En marge de l’absence de culture d’entraide dont le continent semble se vanter en terme de valeur de légende, les dirigeants ont tout mis en place pour que leur organisation reste tributaire de la domination occidentale le plus longtemps possible. L’économiste Yves Ekoué Amaizo reconnaît la force d’organisation collective propre à certaines communautés ethniques comme les Malinkés appelés Dioulas en Afrique de l’Ouest ou les Bamileke en Afrique centrale. Des groupes sociologiques qui se distinguent par leur dynamique d’entraide très poussée qui font d’eux la majorité des détenteurs d’entreprises commerciales en Afrique au sud du Sahara. Mais ces qualités opposées à l’investissement improductif que leur reconnaissent nombre de chercheurs ne suffisent pas. Il leur manque selon Ekoué Amaizo la culture du partenariat productif. Beaucoup s’associent moins pour créer et produire que pour consommer, contrairement aux asiatiques et aux occidentaux dont la culture accorde la priorité à l’individu et au goût d’entreprendre et de réussir ensemble. Les coopératives québécoises dont le succès a déjà fait le tour du monde en sont la preuve forte.

Il est également à noter que toutes les réformes de l’UA ou presque, sont assorties de promesses de financement ; aucun dirigeant n’étant disposé à se passer d’une des facilités que lui accorde le FMI ou les richesses naturelles, pour contribuer à la quête de l’indépendance à Addis Abeba. Alain Blaise Batongué du groupement patronal du Cameroun, par ailleurs représentant de l’Ecosoc (UA) dans son pays regrette qu’il n’existe pas de structure supranationale et coercitive pour sanctionner les dirigeants insolvables. C’est à la même inertie que l’Afrique doit l’échec de ses multiples initiatives en termes de structures de sécurité. Il est clair que l’attitude des dirigeants africains est une grosse entrave à la souveraineté de leur organisation. L’autonomie de décision en souffre au quotidien, tant et si bien qu’il n’est pas rare de voir l’UA se transformer en caisse de résonnance de l’UE. Le complexe des épopées pré-indépendance est intact. La sociologue et activiste altermondialiste Aminata Dramane Traoré ajoute que les africains sont dans une économie mondiale soit disant globalisée qui va davantage s’enfoncer avec les accords de partenariats économiques qui viennent hypothéquer les recettes de l’Etat. Le continent noir subit des logiques économiques qui ne sont pas à son avantage, mais plutôt à celui du dominant impérialiste. Le même sujet du financement est ressorti des travaux du G5 Sahel et toujours pas de réelle décision. Les réunions se suivent pourtant et ne se ressemblent pas, encore moins les projets à tendance post coloniale. Le dernier exemple en l’espèce est la création d’une chambre des entreprises européennes au Bénin cette année. L’argument mis en avant est celui de la promotion des échanges en nette augmentation mais c’est à croire qu’effectivement comme dirait l’autre, que ce continent et son organisation faîtière sont mal partis.

GODLOVE

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